A letter from my sister 14.09.25 – Messages from Gaza Now – October 2023 – March 2026

14.09.2025

A letter from my sister 

At approximately one o’clock in the afternoon, I was walking with my family near the Tamraz gas station on Tunnel Street, heading towards Al-Mashahra Street. Suddenly, a reconnaissance “quad” drone dropped an explosive bomb on the street. The sound of the explosion was deafening, so I ran with my 5 children, my old husband Abdelsamee’a, and his brother Muhammad’s wife toward a nearby mechanic’s shop.

Within seconds, I felt a sharp pain in my feet. At first, I thought it was just fear from the intensity of the blast, but soon blood began to gush from my right and left feet, and from my waist as well. I wasn’t the only one injured. I found my older son Ali bleeding and feeling dizzy, and my husband bleeding all over his body. Yet, despite his own injuries, he desperately tried to reassure all of us, coming to me at times, towards the children at others, and towards Hala, his brother Muhammad’s wife, at other moments. He didn’t feel his own pain; his fear for us was stronger than his wounds.

We stayed at the mechanic’s for a full half-hour without an ambulance arriving, until some young men who were present volunteered and tightly bandaged our wounds to stop the bleeding. After that, we found a private car that took us to the hospital. But there, the situation wasn’t easy, the medical teams were facing a flood of injuries, and every injured person was waiting their turn.

I couldn’t hold back my tears; I cried intensely; tears I had never shed before. As if everything that had built up inside me came out all at once. I felt a terrible fear, the fear that had accompanied me since the beginning of this war: the fear that the shrapnel had hit an artery and that my foot would need to be amputated. I thought, with brutal honesty, that I would rather die than lose a part of my body.

When the doctor arrived, she sent me for an X-ray. I could barely walk to the room, but to my surprise, the X-ray machine needed charging! I waited a full half-hour until the machine was charged, and fortunately, I was the first to go in. After that, I had my wounds dressed and left the hospital exhausted after an arduous journey.

But the injury on my left foot started bleeding heavily again, so I went to another hospital, the Al-Shifa Medical Complex, due to its proximity to where I was staying. There, it turned out that my wound needed cleaning, sterilising, and several stitches. During the procedure, I lost consciousness from extreme fatigue and exhaustion.

The scene inside the hospital was like a silent slaughterhouse; corridors crowded with the injured, faces smeared with blood, and screams filling the place. I stood next to an injured person lying on the ground, screaming in agony as he called out for his fiancée, who had just lost her life. He didn’t feel his own pain; the agony of loss was greater than the pain of his wounds. Beside him, a mother was crying and pleading for someone to save her son, who was bleeding.

In those moments, I felt that the hospital was no longer a hospital but a human “slaughterhouse,” with open wounds and pains beyond human endurance. We were all civilians, but the strikes left us with nothing but pain and destruction.

In Gaza, you are lucky if you enter the hospital and leave it with your body intact.

By the way, my husband is ok, his wounds were shallow, thanks to God 

250914

Une lettre de ma sœur 

Vers 13 heures, je marchais avec ma famille près de la station-service Tamraz, sur Tunnel Street, en direction d’Al-Mashahra Street. Soudain, un drone de reconnaissance « quad » a largué une bombe explosive sur la rue. Le bruit de l’explosion était assourdissant, alors j’ai couru avec mes cinq enfants, mon vieux mari Abdelsamee’a et la femme de son frère Muhammad vers un garage mécanique situé à proximité.

En quelques secondes, j’ai ressenti une douleur aiguë dans les pieds. Au début, j’ai pensé que c’était juste la peur causée par l’intensité de l’explosion, mais bientôt, du sang a commencé à jaillir de mes pieds droit et gauche, ainsi que de ma taille. Je n’étais pas la seule blessée. J’ai trouvé mon fils aîné Ali en sang et pris de vertiges, et mon mari couvert de sang. Pourtant, malgré ses propres blessures, il essayait désespérément de nous rassurer tous, se déplaçant tantôt vers moi, tantôt vers les enfants, tantôt vers Hala, la femme de son frère Muhammad. Il ne ressentait pas sa propre douleur ; sa peur pour nous était plus forte que ses blessures.

Nous sommes restés chez le mécanicien pendant une bonne demi-heure sans qu’aucune ambulance n’arrive, jusqu’à ce que quelques jeunes hommes présents se portent volontaires et bandent nos blessures pour arrêter le saignement. Après cela, nous avons trouvé une voiture privée qui nous a emmenés à l’hôpital. Mais même là, le chemin n’a pas été facile, les équipes médicales étaient confrontées à un afflux de blessés et chaque blessé attendait son tour.

Je ne pouvais retenir mes larmes ; j’ai pleuré intensément, des larmes que je n’avais jamais versées auparavant. Comme si tout ce qui s’était accumulé en moi sortait d’un seul coup. J’ai ressenti une peur terrible, celle qui m’accompagnait depuis le début de cette guerre : la peur que l’éclat d’obus ait touché une artère et que mon pied doive être amputé. J’ai pensé, avec une honnêteté brutale, que je préférais mourir plutôt que de perdre une partie du corps qui me restait.

Lorsque le médecin est arrivé, il m’a envoyé passer une radiographie. Je pouvais à peine marcher jusqu’à la salle, mais à ma grande surprise, l’appareil de radiographie avait besoin d’être rechargé ! J’ai attendu une bonne demi-heure que l’appareil soit rechargé et, heureusement, j’ai été la première à passer. Après cela, on m’a pansé mes blessures et j’ai quittée l’hôpital épuisée après un parcours difficile.

Mais la blessure à mon pied gauche s’est remise à saigner abondamment, je me suis donc rendu dans un autre hôpital, le complexe médical Al-Shifa, en raison de sa proximité avec l’endroit où je logeais. Là-bas, il s’est avéré que ma blessure devait être nettoyée, stérilisée et recousue à plusieurs endroits. Pendant l’intervention, j’ai perdu connaissance à cause d’une fatigue et d’un épuisement extrêmes.

À l’intérieur de l’hôpital, l’atmosphère était celle d’un abattoir silencieux : les couloirs étaient bondés de blessés, les visages maculés de sang et les cris remplissaient les lieux. Je me tenais à côté d’une personne blessée allongée sur le sol, hurlant de douleur et appelant sa fiancée, qui venait de perdre la vie. Il ne ressentait pas sa propre douleur ; l’agonie de la perte était plus forte que la douleur de ses blessures. À côté de lui, une mère pleurait et suppliait quelqu’un de sauver son fils, qui saignait.

À ce moment-là, j’ai eu l’impression que l’hôpital n’était plus un hôpital, mais un véritable « abattoir » humain, avec des blessures ouvertes et des douleurs dépassant les limites de l’endurance humaine. Nous étions tous des civils, mais les frappes ne nous ont laissé que douleur et destruction.

À Gaza, vous avez de la chance si vous entrez à l’hôpital et en ressortez avec votre corps intact.

Au fait, mon mari va bien, ses blessures étaient superficielles, grâce à Dieu.