12 August 2025
A Conversation with a Friend from Gaza
Hossam Almadhoun
Hello my friend, I have been out of Gaza for more than a year now. I used to write my diaries when I was in Gaza, under attack. Today, as I am outside of Gaza, I can’t truly express what the people there are going through. Can you write about it?
Dear friend,
You asked me to write about it. Dear friend, with all due respect, I am too busy with countless daily struggles and have no extra time to write about anything.
For example, since this morning I have been thinking about how to light a fire, as my lighter is broken and there’s no other way to ignite the wood to make tea. I am waiting for the owner of the water well in the next street to turn on his generator so we can pump water into the tank and use the bathroom.
One of my top priorities is to figure out today’s meal so we can survive. We also think about where we will go if the Israeli army issues a displacement order and tanks roll in to destroy the neighbourhood.
And every time one of my children goes out to run an errand, I worry whether he will return alive or be carried back in a coffin.
I have no time for writing because I spend most of my day walking 2 km from my tent to the market. There is no transportation, and even if there were, I wouldn’t have the money to pay the driver. Then I walk back and forth in the market searching for any food I can afford. Meanwhile, I think about my wife, who has been out since morning hoping to find some food aid distributed by NGOs.
I am busy trying to convince my 16-year-old son not to go to the American food distribution centres because I fear I might never see him alive again.
Busy figuring out how to build a toilet next to the tent, ensuring it is shielded from prying eyes while keeping a source of ventilation, determining the depth and searching for a metal barrel and plastic buckets.
I am busy convincing my wife to use an empty food can as a cleaning vessel after relieving herself, and to use sand for hand sanitation as soap is running out.
Busy planning how to bathe, deciding how many days my family and I can go between washes based on the available water resources while minimising consumption to the bare minimum and preserving supplies for as long as possible.
I am busy searching for a suitable response in awkward moments when a friend asks to borrow money and I am completely broke.
I am busy searching for medicine for my mother, who has diabetes and cannot find insulin at any health care centre.
Yes, my friend, I truly don’t have the time to write. Time moves to a different rhythm under attack. Even making a simple cup of tea can take at least an hour to light a fire and prepare it. And by the way, collecting scraps of wood, plastic, and paper from the garbage to fuel that fire also takes time.
And, on rare occasions, a moment of joy with my wife when our children are not in the tent.
Last but not least my friend, I need half an hour every night for myself, to cry silently alone in the darkness of the tent.
12 août 2025
Une conversation avec un ami de Gaza
Bonjour, mon ami,
Cela fait maintenant plus d’un an que j’ai quitté Gaza. Quand j’étais à Gaza, j’avais l’habitude d’écrire mon journal intime sous les bombardements. Aujourd’hui, depuis l’extérieur de Gaza, je ne peux pas vraiment exprimer ce que vivent les gens là-bas.
Cher ami,
Tu m’as demandé d’écrire à ce sujet.
Cher ami, avec tout le respect que je te dois, je suis trop occupé par d’innombrables difficultés quotidiennes et je n’ai pas le temps d’écrire quoi que ce soit.
Par exemple, depuis ce matin, je réfléchis à la manière d’allumer un feu, car mon briquet est cassé et je n’ai aucun autre moyen d’allumer le bois pour faire du thé. J’attends que le propriétaire du puits d’eau de la rue voisine mette en marche son générateur afin que nous puissions pomper de l’eau dans le réservoir et utiliser les toilettes. L’une de mes principales priorités est de trouver de quoi manger aujourd’hui afin que nous puissions survivre. Nous réfléchissons également à l’endroit où nous irons si l’armée israélienne émet un ordre d’évacuation et que des chars arrivent pour détruire le quartier.
Et chaque fois qu’un de mes enfants sort pour faire une course, je m’inquiète de savoir s’il reviendra vivant ou s’il sera ramené dans un cercueil.
Je n’ai pas le temps d’écrire, car je passe la majeure partie de ma journée à marcher 2 km entre ma tente et le marché. Il n’y a pas de moyen de transport, et même s’il y en avait, je n’aurais pas les moyens de payer le chauffeur. Je fais alors des allers-retours au marché à la recherche de nourriture que je peux me permettre. Pendant ce temps, je pense à ma femme, qui est partie depuis le matin dans l’espoir de trouver de l’aide alimentaire distribuée par des ONG.
Je suis occupé à convaincre mon fils de 16 ans de ne pas se rendre dans les centres de distribution alimentaire américains, car je crains de ne plus jamais le revoir vivant.
Je m’efforce de trouver comment construire des toilettes à côté de la tente, en veillant à ce qu’elles soient à l’abri des regards indiscrets tout en conservant une source de ventilation, en déterminant leur profondeur et les différentes options possibles, et en cherchant un baril métallique et des seaux en plastique.
Je m’efforce de convaincre ma femme d’utiliser une boîte de conserve vide comme récipient de nettoyage après être allée aux toilettes, et d’utiliser du sable pour se laver les mains, car nous n’avons plus de savon.
Je m’efforce de planifier comment nous allons nous laver, en déterminant combien de jours ma famille et moi pouvons passer sans nous laver en fonction des ressources en eau disponibles, tout en réduisant la consommation au strict minimum et en conservant les réserves aussi longtemps que possible.
Je suis occupé à chercher une réponse appropriée dans les moments délicats où un ami me demande de lui prêter de l’argent et que je suis complètement fauché.
Et, en de rares occasions, je suis occupé à profiter d’un moment de joie avec ma femme lorsque nos enfants ne sont pas dans la tente.
Je suis occupé à chercher des médicaments pour ma mère, qui est diabétique et ne trouve pas d’insuline dans les centres de santé.
Oui, mon ami, je n’ai vraiment pas le temps d’écrire. Le temps s’écoule à un rythme différent sous les attaques. Même préparer une simple tasse de thé peut prendre au moins une heure pour allumer le feu et la préparer. Et d’ailleurs, ramasser des morceaux de bois, de plastique et de papier dans les poubelles pour alimenter ce feu prend également du temps.
Et, en de rares occasions, je suis occupé à profiter d’un moment de joie avec ma femme lorsque nos enfants ne sont pas dans la tente.
Et enfin, j’ai besoin d’une demi-heure chaque soir pour pleurer en silence, seule dans l’obscurité de la tente.
Hossam Almadhoun
